Alors, voilà, le concours d'Etat de conservateur des bibliothèques a enfin eu lieu. Depuis septembre et mon inscription au CNED, j'étais bien motivée pour le passer : d'autant plus, que les épreuves duraient 2 jours juste avant un jour férié (= tant que je ne vais pas au taf, c'est considéré comme un jour de repos). Je crois que c'était écrit que je ne réussisse pas ce concours...

Mardi 6 mai au matin. Les RER fonctionnent, je ne mets que 1h15 pour relier Bras-de-Fer au Parc des Expositions de Villepinte. Il y a pas mal de monde qui descend à cette station, surtout des jeunes : normal, il y a aussi les concours de pharma, médecine et l'APHP. Ça change de l'ambiance du concours de mag principal passé en octobre dernier : le climat, la foule, les boutiques ouvertes (ça évite à 300 jeunes de squatter l'unique kebab de la gare aux heures de pointe)... Cette fois-ci, on ne sent pas comme des pestiférés : on est dans le Hall 3, à 1 minute 30 de la gare et non plus à 35 minutes de marche à pied soutenue ! On entend toujours aussi bien les avions et il fait toujours aussi froid dans la salle (température extérieure : 25° C l'été, 10° C l'hiver; température intérieure : 15° C toute saison ! Le châle est de rigueur...). Il est 9h35... Ouverture des portes... On vérifie nos convocations, les places sont numérotées mais la foule en délire se précipite sur les chaises... On se croirait à un concert mais non, c'est bien à un concours qu'on assiste ! Comme pour mag principal, l'ENSSIB a prévu gros : 12 groupes de 25 x 10 chaises pour finalement être occupé que par la moitié théoriquement. Alors, on paraît ridicule vu de la fenêtre par 2 étudiantes en médecine : "rooo, mais ils ne sont pas nombreux..." On est quand 1000 valeureux externes et un peu moins en interne. Bien sûr, il y a toujours des candidats qui ne trouvent pas leur place, on mettra ça sur le compte du stress (ou de la débilité...). On apprend qu'il y a 27 emplois offerts dont 3 à la Ville de Paris. Les surveillants sont toujours les mêmes (je n'ai pas vu si mon surveillant à la cravate Beatles était là... et donc si il avait mis sa cravate !) et le président de salle toujours aussi bien réveillé : "il est 14h, vous avez 4 heures jusqu'à 16h !"

La première épreuve était l'épreuve de langue. J'avais choisi allemand dans l'espoir si je passais le cap de l'écrit, je devrais choisir l'anglais à l'oral. Autour de moi, tout le monde sortait ses dico d'anglais ou latin-français... ou pas ! Mon voisin de droit n'en avait pas pas et j'ai hésité entre "c'est un gros nul, il y va à l'arrache" ou "c'est un gros prétentieux qui se la pète... Il pourrait donner de l'espoir aux autres en faisant semblant d'apporter un dico". J'ai zyeuté pendant l'épreuve et il est vraiment bon : il a pris anglais, dommage que ce n'était pas allemand car j'aurais pû faire un effort en zyeutant mieux ! Mon voisin de gauche n'avait pas de dico et pour lui, ça voulait vraiment dire que c'était un gros nul (c'est lui qui l'a confirmé, je n'ai pas regardé sa copie !). Et comment ça s'est passé pour moi, me direz-vous ? Bah mal, comme prévu ! Je pense que si j'avais pris portugais, j'aurais eu une meilleure note (c'était une fiche de l'université de documentation). Le texte d'allemand était sur la lecture, la Bible et Goëthe, mais j'ai pas tout compris. Quand je cherchais un mot dans mon dico unilingue, je devais rechercher un autre mot contenu dans la définition ! J'ai brodé donc !

Pour sortir, entre les chaises et les portes, il y a un grand vide où tu as un moment de solitude car il faut se concentrer pour ne pas tomber ou autres conneries assez embarrassantes car tout le monde te voit ! Pour déjeuner, je me suis installée sur un banc au soleil ! J'ai attrapé d'ailleurs un petit coup de soleil au visage (que d'un côté d'ailleurs, c'est pour ça que tout le monde me dévisageait...). Une collègue m'a rejoint (on était 3 de la bibliothèque + 1 ex-monitrice étudiante, c'est l'époque des vaches maigres...) l'homonyme de tchouc tchouc music à sous ! Et j'ai même fait une micro-sieste, réveillée par les étudiants en médecine qui ne savaient choisir entre le Touquet et la Grande Motte !

L'après-midi est consacré à la note de synthèse ! Je me débrouille plutôt pas mal normalement : je n'ai pas de super notes mais j'aime bien cet exercice ! Cette année, pas de thème à choisir, tous le même thème ! Et quel est le thème fédérateur ? Le sexe ! Et oui, cette année, le sujet de la note de synthèse était : censure et pornographie ! On nous a quand même pondu 16 documents (normalement c'est 10) mais ils se lisaient assez vite. Je prends mon temps : je mange quelques Kinder maxi (sponsor officiel des concours) et je vais aux toilettes (je rencontre la même femme rencontrée aux toilettes le matin même : il y a plus de 1500 candidats et je tombe sur la même personne !). Avant de quitter la salle, je demande à la surveillante une attestation de présence pour ce jour mais elle me répond qu'elle me le donnera demain. Après ce qu'il s'est passé, j'aurais dû insister...

Mercredi 7 mai au matin. Je pars à la même heure que la veille, je suis donc sensée arriver à la même heure que la veille... Et ben non, j'ai mis le double ! A cause d'un train en panne à Grigny-centre (le train qui nous devançait). Donc, je reste coincée à Orangis, attendant un train pour faire le trajet inverse (oui, la circulation des trains pour Paris était TOTALEMENT interrompu). Je ne m'inquiète pas trop car j'ai quand même de la marge... Quand j'arrive enfin sur Paris, je m'aperçois que j'ai quand même perdu une heure et que ce sera très difficile d'arriver à l'heure au concours (sur un malentendu...). Je demande un billet de retard à Gare du Nord "le B ou le D ? Ils n'ont que 10 minutes de retard" "QUOI ??? J'ai une heure de retard et QUOI ??? Le B aussi a du retard ? Quand j'ai la poisse, je ne fais rien à moitié ! J'arrive à 10h25 au Parc des Expo, je redemande un billet de retard (le guichetier me demandant carrément combien de minutes il marque : "bah, mettez 30..." Quand j'arrive devant ma salle, l'épreuve a bel et bien commencé (ils auraient pû m'attendre). Je demande où est le président de salle... au président de salle ! Il veut bien me donner une attestation de présence pour mardi ; et pour mercredi, je crois bien qu'on va me le prendre sur mes congés... Avant de partir, je prends les sujets de la dissertation prévue : dans mon malheur, j'ai évité cette dissertation :

Vous commenterez les affirmations suivantes : "au milieu des indécisions et des faiblesses dont se compose aujourd'hui notre état politique, il se passe dans la société quelque chose qui doit nous rendre tranquilles et fermes : de plus en plus l'instruction se répand dans les rangs du peuple. Jamais la diffusion des connaissances humaines n'a été plus vaste. La science qui, dès l'origine des sociétés, passa de la tête de quelques hommes dans l'ombre des temples et des sanctuaires, qui ne se laissait arracher de cette religieuse obscurité que par l'audace de quelques philosophes, qui resta longtemps la propriété de l'école après avoir été celle du sacerdoce, aujourd'hui répandue par le monde, accessible, n'ayant plus de voiles, et se prêtant à toutes les formes, facile, agréable, on la voit s'insinuer dans les esprits, dans les plus tendres comme dans les plus rebelles." Lerminier, L'encyclopédie à deux sous et l'instruction du peuple, 1834.

Heureusement, que je n'ai rien révisé ! Sinon, j'aurais été dégoûtée d'être arrivé en retard ! Je coucherai sur place la prochaine fois... Comme dirait André Santini, notre secrétaire d'Etat chargé de la Fonction Publique : "des jeunes sont écartés avec des questions stupides, cela doit cesser". Oh, oui, vous avez raison, M. le secrétaire d'Etat (Dédé pour les intimes), changez ces épreuves accessibles seulement pour ceux qui préparent les concours administratifs. Ce concours s'éloigne des métiers des bibliothèques...Il y aura bientôt que des élitistes à la tête des bibliothèques, que l'on veut pourtant proche du peuple. J'ai bien peur que le cliché des bibliothécaires perdure...

Edit du 9 juillet : je connais 2 personnes admissibles sur la liste externe... Bien sûr, je ne les avais pas vu au moment de l'écrit et bien sûr, ce n'est pas leur première admissibilité !